Vos remarques sont interressantes à toutes les deux: c'est ça la richesse des regards nouveaux et variés , car nous avons tous et toutes des sensibilités différentes qui sont des mines d'or et ce sont autant de possibles dans la recherche du sens...
Le titre offre 2 possibilités: Le fils prodigue fait référence à l'épisode biblique du fils qui part en quête des plaisirs éphéméres et dilapide sa fortune. Il reviendra à la maison dépouillé de ses biens et de ses illusions, mais riche de la certitude que la matière n'est pas ce qui nous éléve, sauf si on sait la transcender et l'exploiter à des fins nobles et utiles.
Si l'on est dans cette histoire, alors Bosch en temoin de son temps montre le fils de retour chez lui et ne trouvant que les ruines et dévastations dûs à la guerre, à la folie des hommes. Le retour au nid est impossible et il ne reste plus qu'à se remettre en chemin et à laisser derrière soi un monde en décomposition.
La vision du peintre serait alors d'un pur pessimisme, ancrée dans la réalité de son époque : époque charnière de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance.
Si le titre est " le vagabond", alors l'homme est cet errant sur la terre, le passant, celui qui va à pieds et quasi nu-pieds, le pélerin de l'infini en quête d'une vérité sur de nouveaux territoires...
Dans les 2 cas il est assimilable au Mat qui doit laisser ses possessions derrière lui et conquérir un nouvel espace.
Le passé est inutile qui n'est plus, mais qui n'a pas connu la tentation de cultiver la nostalgie, le regret, le regard en arrière...
Alors oui Anna et Maïna, il regarde ce qu'il quitte,( ou il fuit ce qu'il voit...) mais tout son corps est en mouvement vers l'avenir, et ce mouvement est irrépressible: il est déjà ...ailleurs.
Comme le Mat, qui a peut-être des " souvenirs" dans son baluchon, et quelques gratouillis à la jambe ( l'animal qui tire et pousse à la fois, un rappel de piqûre, un élément de transition, une dernière attache en train de se rompre dans une nouvelle impulsion...).
Le regard du vagabond de Bosch nous indique peut-être que l'arrachement de l'ombre vers la lumière n'est pas forcément facile quand bien même totalement indispensable et salutaire...
Maïna soulève un point trés interessant concernant le chapeau: le chapeau, c'est la couronne du pauvre.
C'est le couvre-chef, ce qui protège la tête, et la pensée.
Le vagabond a la tête nue et son chapeau est devant lui, signe que peut-être il a les idées libres et qu'il s'inscrit déjà dans un " demain et ailleurs".
Il n'est plus sensible au passé et à ses illusions, il est tout entier tendu vers un " devenir".
Il est donc bien le Pélerin, le marcheur, l'homme étranger désormais au milieu où il vit ou a vécu, où il n'a fait que passer, en recherche de son idéal.
L'homme transitoire.
En l'occurence le pélerin accomplit son voyage dans le dénuement ( détachement et purification): le bâton symbolise l'endurance et le dépouillement.
Içi on ne garde que l'essentiel...et on chemine vers la révélation: c'est celà le sens du pélerinage.
Comme le Mat, on se situe " hors-jeu", hors du troupeau ...hors de la vie sociale , de la grégarité, on est solitaire et libre.
" C'est un fou !" diront les uns, " c'est un sage" diront les autres...
En tous les cas, il n'erre pas, il marche, il avance...
Voilà pour un premier dégrossissement...
Il y a surement encore beaucoup à voir et à dire, merci donc d'avoir insufflé du sens à cette image...et à +